Police et Éducation : un sacré mélange !

samedi 12 mai 2012
par  Sud Education Lorraine

Les mouvements sociaux laissent toujours des traces, comme pour ces quatre personnes ayant perdu un œil suite à des tirs de flashball. Question : sont-ce ces mêmes flics qui entrent déjà dans nos établissements scolaires ?

Les 6 et 7 mars 2012, le policier qui a tiré au flashball sur Pierre, le privant de l’usage d’un œil, passait en procès au TGI de Nantes. C’était le premier procès mettant en cause un policier ayant mutilé une personne au flashball lors d’un mouvement social. Joachim a comparu comme témoin à la demande de Pierre. Joan et Geoffrey étaient également présent. Pierre, Joan, Joachim, Geoffrey. Ce qui relie ces quatre personnes, c’est d’avoir perdu l’usage d’un œil suite à un tir de flashball. Pierre s’est fait tirer dessus par la police lors de l’occupation du rectorat de Nantes, il y a 4 ans, pendant le mouvement contre la loi LRU qui met en concurrence, et donc détruit, l’enseignement supérieur. Joan, l’année suivante à Toulouse, au cours du même mouvement, lors d’une autoréduction [1] pour dénoncer la précarité étudiante. Joachim lors d’une manifestation contre l’expulsion d’un squat à Montreuil. Depuis, nombreuses sont les personnes qui ont été blessées par cette arme, principalement des jeunes des quartiers populaires, des enfants et des manifestants. Comme Geoffrey, lycéen mutilé à l’œil, encore à Montreuil, alors qu’il occupait son lycée lors du mouvement contre la réforme des retraites. Il était lui aussi présent au procès. Pour eux, il s’agit maintenant d’être solidaires face à la violence de la police. Et d’affirmer clairement qu’il ne s’agissait pas de bavures, la police les a ostensiblement visés à la tête.

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En ce qui concerne Pierre, au rectorat de Nantes, le policier se situait à une dizaine de mètres. Il était armé d’un flashball LBD 40, d’une grande précision. Pierre était statique. Le policier ne pouvait manquer sa cible. Quant à Joan, le policier a tiré sur lui alors que l’action était terminée et que les étudiants-grévistes s’éloignaient pour rejoindre la manifestation interprofessionnelle. Sur Joachim et ses camarades, enfin, les policiers ont tiré une dizaine de fois. Quatre manifestants ont été touchés au-dessus de l’épaule, à la nuque, au front, à la clavicule et à l’œil. Chaque tir aurait pu mutiler. Dans les trois cas, il y avait une volonté très claire de faire mal, d’en mutiler un pour terroriser tous les autres. Voilà à quoi pourrait se résumer la démocratie, la République qui est censée nous appartenir, en ce début de 21ème siècle. Qui nous protège de la police ?

Ce qui relie ces quatre personnes, c’est de vouloir dire qu’il ne s’agit pas de cas isolés. On ne compte plus les personnes mutilées ou tuées par la police. C’est aussi l’arme avec laquelle ils ont été frappés : un flashball, cette arme, maintenant très répandue dans la police, dont elle use comme on use d’une matraque. Une arme avec laquelle la police a de nouveau le droit de tirer sur la population (2787 tirs de flashball en 2011). Cette violence, c’est la violence quotidienne de la police : le harcèlement de certains quartiers, la traque des sans-papiers, les expulsions des gens de leurs logements, les délires antiterroristes à l’encontre des militants, la criminalisation de tous ceux qui sortent du rang [2]

Ce qui les relie, c’est d’avoir voulu, coûte que coûte, ne pas céder à la peur, retourner dans la rue, lutter. Ils étaient ensemble les 6 et 7 mars 2012 au TGI de Nantes. Le jugement a quant à lui été rendu le 3 avril : le policier tireur est relaxé. Reconnu comme auteur du tir alors qu’il a nié pendant tout le procès, le flic n’a cependant écopé d’aucune sanction. « C’est un permis de crever les yeux », résume l’avocate à l’issue du verdict. Leur bataille ne s’arrête pas là pour autant. Aussitôt, ils ont annoncé leur intention de se tourner vers la justice administrative afin de mettre en cause la hiérarchie policière, ainsi que vers la Cour européenne des droits de l’homme.

Une des premières en la matière, cette décision est déterminante, puisqu’elle risque de servir de référence dans des procès à venir. Or les victimes du flashball, sous quelque forme que ce soit, sont nombreuses, de même que les victimes des violences policières en général. S’il en doutaient encore, le message est clair : flics de France, vous pouvez mutiler sans complexe.


[1Autoréduction : pratique anticapitaliste consistant à imposer collectivement la baisse du prix d’un produit ou d’un service voire sa gratuité, le service ou produit étant de première nécessité et devant être accessible de manière égalitaire pour tous.

[2Pour information, à Nancy aussi : « Une perquisition musclée dans une affaire mineure illustre la tension entre policiers et militants, alors que les accrochages avec l’extrême droite se multiplient. » Accessible ici : http://www.rue89.com/2012/04/02/nancy-la-police-la-joue-cow-boy-face-lextreme-gauche-230780 .


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