Nouveaux programme d’histoire-géographie Éducation-civique en 3ème : l’école du socle en action.

mercredi 29 mai 2013
par  Sud Education Lorraine

« La rentrée des vacances approche et il faut que j’achève la préparation de mes cours de troisième. Une nouvelle fois, la mise en œuvre des nouveaux programmes d’histoire-géographie et d’éducation civique m’interroge alors que l’échéance du brevet se rapproche. »
Des contraintes horaires insurmontables ?
Nos programmes peuvent se réduire à une « froide » mathématique : conçus pour être réalisés en 33 semaines à raison de 3,5h de cours hebdomadaires, c’est donc en 115 heures que l’ensemble doit être achevé, en 45 heures pour l’histoire, 45 heures pour la géographie et 25 heures pour l’éducation civique. Divisons par exemple, ces 45 heures d’histoire par 13 chapitres, c’est donc 3,46 heures que l’on consacre par chapitre, évaluations comprises. Mais ce chiffrage n’est que théorique, les 115 heures seront réduites par les actions variées qui s’accumulent : sorties et voyage, oraux, interventions...ou pour des raisons personnelles (formations, grèves, absences de droit…). C’est donc plutôt 3 heures qu’il faut consacrer à un chapitre comme « la seconde guerre mondiale, une guerre d’anéantissement » face à des élèves bien souvent sans connaissances préalables. Enfin, il ne faudra pas oublier de consacrer un temps aux « enseignements transversaux » d’histoire des Arts, d’ASSR (sécurité routière) ou de PDMF (découverte des métiers)… Survient alors l’interrogation majeure : comment traiter convenablement tous ces thèmes en faisant progresser les élèves sur les méthodes nécessaires pour le brevet et la Seconde sans lâcher les élèves les plus en difficultés ?
Un retour en arrière pédagogique et méthodologique
Les contraintes horaires, le choix des thèmes à traiter et la nouvelle épreuve du brevet contraignent fortement la mise en œuvre. Conçu entre 2006 et 2008, ce programme est conditionné par le socle commun. C’est aussi le cas pour l’épreuve de brevet, totalement refondue en fonction du socle. L’unique exemple de sujet proposé par éduscol donne des indications inquiétantes sur les objectifs à maîtriser par les élèves en fin de troisième :compilation d’exercices sans thématique commune et centrés sur des repères ou des définitions à maîtriser par cœur qui laissent peu de place au développement d’une réflexion, l’épreuve apparaît par ailleurs déconnectée des exigences attendues au lycée. Mais cela cadre avec la succession de thèmes disparates, sans vue d’ensemble claire, enchaînés à rythme forcé par l’enseignant. Au fil de l’année, les contraintes horaires augmentant, le récit magistral devient inévitable. On se réduit alors à un apprentissage par cœur de multiples concepts qui ne peut qu’aggraver les inégalités entre les élèves. Cela appauvrit également les échanges entre les élèves et l’enseignant dont le leitmotiv devient « désolé, il faut qu’on avance ». Ainsi, ce programme du socle semble bien imposer la reproduction et l’exécution au détriment de la réflexion et du sens.
Se pose aussi des questions sur le principe de liberté pédagogique. Si la DGESCO répète à l’envi que les programmes sont la seule référence réglementaire restreignant les choix de l’enseignant, les contraintes invitent de fait à suivre au plus près ses propositions afin de ne pas sortir des clous. La liberté pédagogique devient donc bien balisée…

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Des choix idéologiques discutables
Les enjeux idéologiques et politiques déterminent les programmes d’HG-EC. Les concepteurs doivent prendre en compte des pressions politiques, sociales et mémorielles de plus en plus pressantes. Cela conduit à de nombreux choix discutables et rend tout allègement hautement conflictuel. Conçu dans la foulée des lois mémorielles, le programme d’histoire laisse large part à l’histoire émotionnelle au détriment d’une histoire politique qui donnerait du sens pour faire appréhender le XXème siècle aux élèves. Inversement, le volume accordé à l’histoire politique de la France apparaît disproportionné notamment dans le traitement de la Vème république. Par ailleurs, comment interpréter l’association, dès le 1er chapitre d’histoire, entre croissance et progrès au XXème siècle ou encore le volume sur l’Union Européenne en histoire, géographie et éducation civique quand on sait qu’une rupture majeure comme 1917 se traite désormais en vingt minutes ? La réponse est sans doute contenue dans le socle commun…
Des perspectives ?
Si jusqu’à présent, de nombreux collègues se plaignent et s’inquiètent, la période des brevets blancs va donner des indications plus claires des difficultés des élèves face à la nouvelle épreuve. Des pistes alternatives existent : soutenir l’initiative de pétition intersyndicale(1) (SUD, CGT, SNES, UNSA, SNALC), les réflexions engagées par des collectifs comme aggiornamento hist-géo(2) mais surtout de participer à des démarches plus larges de remise en cause de l’école du socle(3) qui détériore de plus en plus nos enseignements (4).
« Enfin, ça ne me donne pas de réponse pour faire rentrer les 30 heures de cours théoriques qu’il me reste à traiter dans les 18 heures réelles dont je dispose encore… »



(1)http://histoiregeo-urgence-allegements.net/
(2)http://aggiornamento.hypotheses.org/
(3)http://www.boycott-lpc.lutter-agir.org/
(4)http://www.sudedulor.lautre.net/spip/spip.php?article1015


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