PISA : "le monde réel" ou comment oublier le rêve d’une école libérante

vendredi 4 février 2011
par  Sud Education Lorraine

Un article à lire dans le bulletin n°6 de SUD Education Lorraine.

On l’attendait (ou pas) et il est arrivé un peu avant le père Noël : le rapport PISA, pour Programme International pour le Suivi des Acquis des élèves (www.oecd.org/dataoecd/33/5/46624382.pdf). Cette enquête internationale, réalisée dans 34 pays auprès de jeunes d’environ 15 ans, cherche depuis 2000 à évaluer les systèmes scolaires au travers de la compréhension de l’écrit, les maths et la culture scientifique. Et les média, les pros de l’éducation, de commenter, qui pour souligner la faiblesse de l’école, qui pour y trouver justification à sa vision idéologique.

Le système français se retrouve dans la moyenne des pays, mais avec des résultats en recul par rapport aux enquêtes précédentes de 2003 et 2006. Avec une magnifique avant-dernière place pour l’accroissement des inégalités scolaires, fortement corrélées aux milieux sociaux : en lecture, amélioration de +2 points pour les « très bons », mais +5 points pour les élèves en grandes difficultés. L’écart se creuse entre les extrêmes, révélant la nature très élitiste de « l’égalité des chances » à la mode gauloise.

Le ministre y trouve justification à ses réformes : les pays bien placés et/ou qui progressent sont ceux qui personnalisent l’enseignement (aide personnalisée en primaire pour Chatel) accordent une autonomie aux établissements (programme Clair par ex). Il justifie aussi les réformes des programmes en primaire et le socle commun de connaissances au collège.

Mais les organisations syndicales et autres critiques du gouvernement y puisent facilement la preuve de leurs arguments : les pays qui « réussissent » sont ceux qui forment, paient bien leurs enseignants, qui ont des effectifs réduits dans les classes, … Le libre choix de l’établissement (fin de la carte scolaire) est créateur d’inégalités. Le primaire en France est marqué par une sous-dépense par élève = manque de moyens. Etc.

Les systèmes sont très différents les uns des autres et il est difficile de percevoir LE mode d’organisation qui soit performant. On peut proposer comme modèle la Finlande, mais aussi la Corée ou Singapour (pays en tête du classement, avec Shanghai en Chine), modèles qui s’opposent presque totalement !

Mais on insiste peu, voire pas, sur ce que représente ce type d’évaluations. Elles sont à la base de l’idéologie libérale de rénovation des politiques publiques d’éducation. Ces classements se multiplient au niveau international (Pisa bien sûr, qui est réalisée par l’OCDE, dont on connait la volonté de diffuser le libéralisme, mais n’oublions pas Shanghai pour le supérieur !) et sur le plan intérieur (multiplication des évaluations - CM2 par ex – et définitions de critères chiffrés comme bases de la prise de décisions et d’affectation des moyens). Ces méthodes finissent par s’imposer et ne se discutent même plus !

Or l’objectif de PISA est de chercher à « évaluer la capacité des jeunes à utiliser leurs connaissances et compétences pour relever le défi du monde réel ».

Quel défi ?! Celui de la compétition mondialisée, bien évidemment ! Le monde est une lutte permanente ! Quel monde réel ?! Il n’y a qu’UNE réalité ! Celle du rendement, de l’efficacité : l’école doit être « performante » (terme qui revient souvent dans le texte), l’école doit être rentable !

Où est l’émancipation de l’individu ? Qui parle d’un monde de la pensée, des idées, de la coopération entre personnes ? Qui parle de cette école qui libère plutôt qu’elle n’aliène ? Un monde irréel ???? Mais c’est celui que nous voulons, pas leur monde de la vitesse, de la performance, de la compétition à outrance.


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